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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 17:16



J.M.G.  LE CLÉZIO
     AUDIO   -   VIDEO

TPO: A la découverte de la littérature française

LITTÉRATURE Audio - Vidéo



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AUDIO  extrait L'Africain


par Céline

C'est ici, dans ce décor, que j'ai vécu les moments de ma vie sauvage, libre, presque dangereuse. Une liberté de mouvement, de pensée et d'émotion que je n'ai plus jamais connue ensuite. Les souvenirs trompent, sans doute. Cette vie de liberté totale, je l'aurai sans doute rêvée plutôt que vécue. Entre la tristesse du sud de la France pendant la guerre et la tristesse de la fin de mon enfance dans la Nice des années cinquante, rejeté de mes camarades de classe du fait de mon étrangeté, obsédé par l'autorité excessive de mon père, en butte à la très grande vulgarité des années lycée, des années scoutisme, puis pendant l'adolescence sous la menace d'avoir à partir faire la guerre en Algérie.


Alors les jours d'Ogoja étaient devenus mon trésor secret, le passé lumineux que je ne pouvais pas perdre. Je me souvenais de l'éclat sur la terre rouge, le soleil qui fissurait les routes, la course pieds nus à travers la savane jusqu'aux forteresses des termitières, la montée de l'orage le soir, les nuits bruyantes, criantes, notre chatte qui faisait l'amour avec les tigrillos sur le toit de tûle, la torpeur qui suivait la fièvre, à l'aube, dans le froid qui entrait sous le rideau de la moustiquaire. Toute cette chaleur, cette brûlure, ce frisson. [...]

Extrait: Le Clézio, L'Africain



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AUDIO  extrait Désert

par Valérie

Saguiet el Hamra, hiver 1909 – 1910

Ils sont apparus, comme dans un rêve, au sommet de la dune, à demi cachés par la brume de sable que leurs pieds soulevaient. Lentement ils sont descendus dans la vallée, en suivant la piste presque invisible. En tête de la caravane, il y avait les hommes, enveloppés dans leurs manteaux de laine, leurs visages masqués par le voile bleu. Avec eux marchaient deux ou trois dromadaires, puis les chèvres et les moutons harcelés par les jeunes garçons. Les femmes fermaient la marche. C’étaient des silhouettes alourdies, encombrées par les lourds manteaux, et la peau de leurs bras et de leurs fronts semblait encore plus sombre dans les voiles d’indigo.
Ils marchaient sans bruit dans le sable, lentement, sans regarder où ils allaient. Le vent soufflait continûment, le vent du désert, chaud le jour, froid la nuit. Le sable fuyait autour d’eux, entre les pattes des chameaux, fouettait le visage des femmes qui rabattaient la toile bleue sur leurs yeux. Les jeunes enfants couraient, les bébés pleuraient, enroulés dans la toile bleue sur le dos de leur mère. Les chameaux grommelaient, éternuaient. Personne ne savait où on allait.


Extrait: Le Clézio, Désert



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AUDIO  extrait Ourania

 

par Andrée-Laurence

Depuis longtemps leurs parents avaient troqué les antiques demeures de pierre rose déglinguées et superbes contre des villas californiennes en béton peintes en rouge et en jaune, châteaux néogothiques aux toits de fausses ardoises montés de fausses mansardes, porches à péristyle en marbre et salons de jacuzzis, piscines en forme de cœur, de guitare, de fraise.

Mais ils n'avaient pas renoncé à leur droit sur la ville. Ils avaient reconverti leurs maisons familiales en galeries marchandes, en parkings à étage, en cinémas, en marchands de glaces ou en restaurants de steaks grillés à la mode gaucho.

Au milieu de cette ville en ruine, de ces chaussées défoncées, de ces égouts à ciel ouvert, Don Thomas avait créé l'Emporio, un atelier de recherche et d'enseignement supérieur dédié aux sciences humaines et au savoir.

Thomas Moises n'était pas issu de ces grandes familles de planteurs de fraisiers et de producteurs d'avocats qui tenaient toute la Vallée dans leurs mains. Il était le dernier rejeton d'une longue lignée de lettrés et de notables qui avaient fourni à l'Etat des juges, des maîtres d'école et des curés, et qui avaient su traverser les guerres et les révolutions et se garder du pouvoir. Il n'était pas originaire de la Vallée, mais de Quitupan, un village de montagne aux sources du fleuve Tepalcatepec.


Extrait: Le Clézio, Ourania


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AUDIO  extrait  Gens des nuages


par Gwendoline

Maintenant, tandis que la jeep roule sans peine sur la route droite de la Gadda, c'est à ce chemin d'exil que nous pensons. Remontant le temps de Taroudant vers Smara, nous nous rapprochons de l'origine de Jemia, cette vallée dont elle a toujours entendu parler et qu'elle croyait inaccessible. Comme si, là-bas, se trouvait la raison du secret qu'elle porte en elle, cette douleur qui les a jetés, elle, sa mère et la mère de sa mère avant elle, dans un monde étranger où il n'y a plus de protection ni de bénédiction , où l'on ne sait rien des miracles et des mirages, rien de la beauté des pays de pierres et de vent, du silence, du désert.
          Oui, nous franchissons à la vitesse du vent la porte qui séparait Jémia du monde d'avant sa naissance. Rochers âpres, falaises bleutées, ravins, stries crayeuses, chaos de pierres noires ; ici le ciel se confond avec la terre.
          Voyager, voyager, qu'est-ce que cela fait ? Depuis que Vieuchange a ensanglanté ses pieds sur ces pierres, le monde a changé, il s'est bouffi d'orgueil. Partout les routes violent les solitudes, en Amazonie, en Sibérie, à travers les forêts du Grand Nord ou dans les sables du Ténéré.
          Mais revenir sur ses pas, comprendre ce qui vous a manqué. Retrouver la face ancienne, le regard profond et doux qui attache l'enfant à sa mère, à un pays, à une vallée. Et comprendre tout ce qui déchire, dans le monde moderne, ce qui condamne et exclut, ce qui souille et spolie : la guerre, la pauvreté, l'exil, vivre dans l'ombre humide d'une soupente, loin de l'éclat du ciel et de la liberté du vent, loin de ceux qu'on a connu, de ses oncles et de ses cousins, loin du tombeau où brille encore le regard de son ancêtre loin du souffle de la religion, loin de la voix qui appelle à la prière chaque soir, loin du regard du saint qui avait choisi pour les siens cette vallée. Vivre, se battre et mourir en terre étrangère. C'est cela qui est difficile, et digne d'admiration.
          Ici, chaque parcelle de terre, chaque ombre, chaque pierre roulée par le vent chaque silhouette de colline au loin est familière. Chaque instant qui passe est une émotion, raconte une histoire. Non pas une histoire grandiose de conquête et d'exploration, mais l'histoire d'un homme et d'une femme qui fuient leur pays à la recherche d'une autre terre, sans espoir de retour.
          Jemia est la première qui revient, après deux générations d'absence. Elle franchit cette porte

Extrait: Le Clézio, Gens des nuages



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AUDIO  extrait L'inconnu sur la terre

par Elodie


J'aime la plus belle des lumières, chaude, jaune, celle qui apparaît quelquefois l'après-midi sur le mur d'une chambre face au sud. C'est en elle que je voudrais habiter, pendant des jours, des mois, des années. Souple, tiède, vivante, douce, jaune comme la paille, jaune comme la flamme des allumettes, elle entre par la
fenêtre ouverte sans que je sache d'où elle vient, de quels sables, de quels champs de maïs ou de blé mur. Elle entre, pareille à une chevelure de femme, elle se met à bouger entre les murs de la chambre, d'un mouvement continu qui emplit de bonheur, d'un seul long mouvement qui se déploie et rebondit sans cesse, la belle lumière
chaude, la lumière d'été. Je la sens venir, elle m'enveloppe comme l'air, mais sans rien qui trouble ou attouche, elle regarde chaque parcelle de ma peau, elle me baigne et m'éclaire. Aucune lumière ne sait faire cela comme elle. Elle, elle est venue de tous les points de l'espace, poudre des soleils et des étoiles, parfum des
astres. Lumière du tabac et des genêts, lumière du cuir, lumière de la bière, lumière des fleurs, lumière de la peau blonde et claire, elle supporte tout cela avec elle, comme une rivière qui coulerait sur elle-même. On n'entend pas son bruit. C'est à l'intérieur des oreilles qu'elle murmure son chant, c'est à l'intérieur du ventre qu'elle
fait tourner sa ronde. Lumière de la paix, et il n'y aura jamais d'autre paix, jamais de bonheur plus grand dans le monde. Les guerres, les crimes, les mensonges, la faim, la soif, la souffrance, tout cela s'efface quand cette lumière emplit l'espace. C'est elle que les hommes veulent voir.

Extrait: Le Clézio, L'inconnu sur la terre

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Published by Garcia - dans Littérature
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col 11/03/2009 19:37


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